25.02.2012
Alors qu’il vient d’être porté à la tête de la CEDEAO – Guy Labertit démasque Alassane Ouattara

Dans cette tribune, Guy Labertit, ex-délégué Afrique du Parti socialiste français et compagnon de route du mouvement de démocratisation du continent, commente l’élection à la tête de la CEDEAO d’Alassane Ouattara, un homme qui dirige pourtant un pays sous perfusion économique et sous tutelle politique. Et dont le régime se fourvoie dans l’arbitraire et la mauvaise gouvernance.
A l’issue du dernier sommet des chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui vient de se tenir à Abuja les 16 et 17 février 2012, Alassane Ouattara en a été élu le président en exercice. Même si l’on peut penser que le tour de la Côte d’Ivoire était venu, ce n’est pas un mince paradoxe que de voir charger un chef d’Etat des différents problèmes de l’ensemble ouest africain alors que la situation dans son propre pays, la Côte d’Ivoire, est pour le moins précaire.
Les douze travaux d’Alassane Ouattara
Ses meilleurs alliés dans la sous-région sont, ou ont été récemment, contestés, que ce soit Abdoulaye Wade, candidat discuté à la présidence du Sénégal, à 86 ans officiels, ou Blaise Compaoré, à la tête du Burkina Faso depuis vingt-cinq ans et qui rêve d’un nouveau bail en 2015 ! Les crises aigues se multiplient dans la sous-région avec la déstabilisation des pays du Sahel, liée à une politique aventureuse de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Otan en Libye qui a éliminé Kadhafi, au nom de la démocratie, mais réduit à néant l’Etat dans ce pays livré à des milices antagoniques sans projet politique. Le Nigeria se déchire à travers les velléités indépendantistes dans le delta du Niger riche en pétrole au Sud et l’irrédentisme meurtrier de la secte islamiste Boko Haram qui veut chasser les chrétiens du Nord du pays. Au regard de la gestion de ces questions brûlantes, comment le nouveau président de la CEDEAO aura-t-il le temps de se consacrer aux immenses tâches qui l’assaillent en Côte d’Ivoire ? A moins qu’il ait choisi de déléguer ses affaires domestiques à ses puissants alliés extérieurs et aux institutions internationales. Cette politique de fuite en avant a quelque chose de surréaliste. Les commentaires des spécialistes africanistes qui évoquent le double axe Côte d’Ivoire/Nigéria Côte d’Ivoire/Burkina Faso au sein de la CEDEAO prêteraient à sourire si le peuple ivoirien ne continuait de vivre un cauchemar.
La Côte d’Ivoire est un pays dont l’ensemble des cadres de l’ancienne majorité présidentielle, qui représente la moitié de l’électorat, sont en prison ou en exil. Après sept mois d’enfermement inhumain à Korhogo, malgré les tristes déclarations de l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan qui le disait bien traité suite à la mascarade organisée pour sa visite en compagnie de Desmond Tutu et Mary Robinson, le Président Gbagbo est détenu à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI) depuis le 30 novembre 2011. Le procureur Ocampo n’a toujours pas communiqué à la défense les charges qui motivent cette détention et n’a inquiété aucun des cadres du régime actuel pourtant directement impliqués dans des crimes de guerre et crimes contre l’humanité depuis la fin de l’année 2002. A signaler qu’en attendant l’audience de confirmation des charges du 18 juin, Laurent Gbagbo bénéficie d’une aide judiciaire pour organiser sa défense. Où sont donc les fonds cachés du Président que le quotidien français Le Monde du 11 mai 2011, sous la plume fertile de sa correspondante à Genève, Agathe Duparc, situait en Suisse ? Les enquêteurs de la CPI, que l’on ne peut soupçonner de complaisance pour leur détenu, n’ont, pour leur part, toujours rien trouvé. Encore un exemple de manipulations médiatiques. Dès lors, que signifie l’inculpation du Président Gbagbo par la justice ivoirienne pour « crimes économiques », lui qui bénéficie d’un aide judiciaire ? Pas besoin d’enquête approfondie pour situer les biens immobiliers des têtes actuelles de l’Etat ivoirien, A. Ouattara et Guillaume Soro.
De plus, des centaines de cadres de l’ancienne majorité présidentielle ont leurs comptes bancaires bloqués et la totalité de leurs fonds gelés depuis un an. Eux et leurs familles sont condamnés à la survie et plusieurs décès parmi les sanctionnés, dont le plus récent est celui du maire de Cocody, Jean-Baptiste Gomont Diagou, attestent qu’ils ne peuvent même plus se soigner. Pourtant, on se plaît à répéter que la Côte d’Ivoire a renoué avec la démocratie et le respect des droits humains. Faut-il croire que le nouveau président de la CEDEAO restera insensible au sort de la moitié du peuple ivoirien puisqu’il a maladroitement déclaré qu’il allait faire du rattrapage auprès des populations qu’il estimait lésées par le précédent régime ? Il a un point commun avec l’actuel président français, son ami de vingt ans Nicolas Sarkozy, c’est celui de diviser les Ivoiriens comme son tuteur divise les Français.
Bien qu’en campagne électorale par gros temps, le capitaine Nicolas devra garder un œil sur la lagune Ebrié, dont la surface lisse dissimule des fonds fangeux, car son quartier-maître Alassane va être très pris par sa nouvelle fonction à la tête de la CEDEAO.
C’est que depuis l’arrestation du Président Gbagbo, le 11 avril 2011, « sous les bombes françaises », pour reprendre ses termes lors de l’audience de la CPI du 5 décembre, le Président Sarkozy s’est montré prodigue à l’égard du régime d’Alassane Ouattara. A commencer par les quatre cent millions d’euros annoncés par la France dès la fin du mois d’avril 2011 pour payer de prétendus arriérés de salaires alors que son prédécesseur avait honoré ces paiements jusqu’en février inclus malgré les fermetures des filiales des banques françaises. Il faut y ajouter un mirobolant contrat désendettement/développement, quatre fois supérieur au plus avantageux accordé jusque-là au Cameroun, annulant sur quinze ans la dette de 2,25 milliards d’euros (1472 milliards de francs CFA) essentiellement contractée par les régimes PDCI auprès de l’Agence française de développement (AFD) qui avait cessé tout engagement financier en Côte d’Ivoire depuis 2002. Encore faudrait-il que les recettes de l’Etat suivent pour que cette mesure ne se limite pas à un simple jeu d’écritures. Enfin, l’effacement d’un milliard d’euros de dette bilatérale a été évoquée lors de la récente visite d’Etat d’Alassane Ouattara à la fin janvier 2012.
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Mali
Situation sécuritaire au nord-Mali : La voix d’intellectuels, hommes et femmes de culture
Etat des lieux
Comment comprendre la rébellion armée qui, aujourd’hui, endeuille le Mali et condamne des dizaines de milliers d’innocentes et d’innocents à l’insécurité et au déplacement forcé, lorsqu’on ne veut pas s’en tenir au schéma réducteur du conflit ethnique?
La rébellion qui a débuté le 17 janvier 2012 crée dans notre pays une situation de guerre civile.
L’heure est grave : l’intégrité du territoire national et la cohésion sociale sont aujourd’hui menacées.
L’honnêteté intellectuelle et la rigueur qu’exige la gravité de la situation actuelle du Mali imposent de lire cette rébellion à la lumière du système mondial et ses crises.
Les réformes structurelles mises en œuvre à partir de la décennie 80 en vue de corriger les dysfonctionnements du modèle néolibéral, n’ont pas atteint les objectifs visés en terme d’amélioration des conditions de vie des populations, notamment l’accès à l’alimentation, l’eau, l’éducation, la santé et l’énergie domestique. Ce constat, qui est valable pour l’ensemble du pays, revêt des conséquences particulières au Nord.
Enjeux
Le Nord-Mali se caractérise par l’extrême complexité des enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques, sans la compréhension desquels aucune paix durable n’y est envisageable.
Le septentrion malien a souvent été le théâtre de soulèvements d’une partie de la population qui revendique son autonomie par la voie des armes. Tous les régimes coloniaux et postcoloniaux ont été confrontés à cette situation. De l’indépendance à ce jour, les réponses de l’Etat, qui ont été à la fois militaires, politiques et socio-économiques, n’ont pas pu y instaurer la paix sur une base durable. La mauvaise gestion, le clientélisme et la corruption que l’on relève dans la gestion des affaires publiques, exacerbent les frustrations et le sentiment d’exacerbent d’exclusion à l’échelle du pays sans pour autant justifier la violence armée dans les autres régions.
Par ailleurs, la manière de gérer la libération des otages occidentaux a conforté AQMI dans la création au Mali d’un sanctuaire au liaison avec le terrorisme international.
Nous sommes dans un processus programmé de désintégration de l’Etat et de cristallisation des identités ethniques et régionalistes. De ce point de vue, nous questionnons même la genèse de l’appellation « régions du Nord »
N’y a-t-il pas une volonté d’affaiblir des Etats de la CEDEAO et l’organisation elle-même ?
N’allons-nous pas vers une résurgence du vieux projet de l’organisation des Etats riverains du Sahara (OERS) ?
Après le découpage du Soudan, nous sommes en droit de nous interroger sur l’intention des pays de l’OTAN de procéder à une nouvelle balkanisation de l’Afrique. Ne sommes- nous pas de fait en présence d’un processus de dépossession des ressources agricoles et minières africaines, qui constituent aujourd’hui une partie importante des réserves mondiales pour la relance de la croissance économique globale ?
De l’approche globale que nous privilégions, il ressort que l’issue à cette guerre fratricide récurrente n’est ni militaire, ni financière mais politique, économique, sociale, culturelle et diplomatique.
Face à cette situation :
Nous, intellectuels, hommes et femmes de culture du Mali, signataires de ce document déclarons que :
- L’intégrité du territoire, l’unité nationale et la cohésion sociale du Mali sont des acquis sacrés
- Le septentrion n’est pas une planète à part, mais bel et bien une région du Mali, particulièrement vulnérable, qui n’en a pas moins subi les politiques néolibérales qui ont aggravé les inégalités, les injustices, la corruption et l’impunité. De Kayes à Kidal, les Maliens paient cher pour le dépérissement de l’Etat que nous voulons plus responsable, comptable et souverain,
- La paix véritable et durable dans le Nord de notre pays et sur l’ensemble du territoire, est au prix d’une nouvelle compréhension de la situation du Mali et de la bande Sahélienne qui intègre les enjeux sous régionaux et mondiaux,
- Nous réfutons le discours réducteur de la guerre ethnique ;
- Nous déplorons le déficit de communication et de dialogue sur les causes internes et externes des questions majeures qui engagent le destin de la nation;
- Nous condamnons le recours à la violence armée comme mode de revendication dans un contexte démocratique et déplorons les pertes en vies humaines ;
- Nous soutenons résolument nos forces armées et de sécurité dans leur mission sacrée de défense du territoire national ;
- Nous sommes Un Seul et Même Peuple, uni par une longue histoire multiséculaire de rencontres, de brassages et de résistances à l’adversité ;
- La paix s’impose d’autant plus que les femmes et les enfants sont pris dans l’étau dans un conflit qui n’est pas le leur ;
- Les élections de 2012 sont donc une occasion historique de renouveler la réflexion sur un projet de société adapté à nos réalités, davantage fondé sur la culture de l’être et des relations humaines à même de garantir la prospérité, la paix, la stabilité et la sécurité pour tous.
Nous signataires de la présente déclaration, présentons nos condoléances les plus attristées aux familles des victimes et à toute la nation malienne. Nous exprimons notre solidarité à toutes les familles déplacées victimes de violences.
Bamako, le 07 février 2012
Signataires
Aminata Dramane Traoré, Essayiste
Abdoulaye NIANG, Socio-Economiste
Adama Samassékou, Linguiste
Filifing Konaté, Anthropologue
Hamidou Magassa, socio économiste
Ismail Diabaté, artiste peintre
Jean Bosco Konaré, historien
Mohamédou Dicko, historien
Mariam Kanakomo, communicatrice
Ousmane Traoré, adminstrateur civil, juriste
Doumbi FAKOLY, Ecrivain
Kaourou Doucouré, Universitaire
Adberhaman SOTBAR, Professeur
Cheick Pleah, Professeur
Mohamed Coulibaly, Ingénieur
Abdoul Madjidou Hassan, Gestionnaire
Mahamadou H Diallo, Imam
Boubacar Coulibaly, Gestionnaire
Mme Sissoko Safi Sy, CAHBA
Mme Touré Alzouharata, Gestionnaire
Mme Awa MEITE VAN TIL, Désigner
Dr Daba Coulibaly, Enseignant chercheur
http://www.maliweb.net/news/societe/2012/02/14/article,47545.html
18:47 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.02.2012
Nous n'oublions pas
Interview de Christophe Barbier sur la LCI mi-avril... 2011
Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l'Express, fait ici montre d'une franchise françafricaine totalement décomplexée, écoutons-le "éclairer" sur les motifs et les buts de la France en CI et en Lybie :
http://www.youtube.com/watch?v=VnAKGqjifAg
"... financièrement, oui, c'est un faux problème, nous f'rons (sic) (...) payer la facture à ceux pour qui nous faisons ce travail (...) qu'est l'action militaire d'abord nos alliés, l'ONU, l'OTAN, l'UE,il faudra mutualisr tout c'la (sic) (...) et puis les pays que nous libérons, le Lybie, la Côte d'Ivoire ce sont des pays qui ont des ressources, eh bien, ces pays nous rembourseront eh bien, en avantages, en matières premières, en énergies, ils pourront aussi nous acheter des matériels militaires, on arrivera peut-être à vendre quelques rafales un jour, et puis il y a quelque chose qui ne se quantifie pas, qu'on appelle le "rétex", le retour d'expérience, nous allons, sans être cyniques, améliorer nos matériels, améliorer nos méthodes, avec l'expérience retirer de ces conflits ça nous permettra d'être encore plus compétitifs sur ce marché, là aussi sans être cynique c'est un marché réel qui est la vente des armes"
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